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Quand arrêt de la cigarette rime avec découverte de soi



  • Mon vécu du tabac : un compagnon de toujours 🚬


A cette période, il y a un peu plus d’un an, je suis fumeuse et ce depuis 13 ans. Chaque réveil jusque-là est rythmé par le bruit d’un briquet, l’odeur du tabac devient un réconfort, fumer se confond avec respirer. Je fume pour faire une pause, je fume pour souffler, je fume pour passer le temps, je fume après un repas, je fume quand je bois, je fume devant un film, je fume après l’amour, bref, je fume. Et l’idée d’arrêter n'était pas une priorité, même plutôt une pensée que je préférais ignorer en me disant Oui, j’arrêterai, mais pas maintenant


On le sait, ignorer ne rime pas toujours avec faire disparaître. Donc cette pensée, “tu devrais arrêter”, résonnait dans mes oreilles. Non pas comme une mélodie mais plutôt un acouphène désagréable et permanent que l’on camoufle derrière encore plus de bruit. Cette pensée était là comme un parasite. Pourtant j’ai continué, je fumais, encore, et toujours. Mais avec, au fil du temps, une culpabilité grandissante : celle d’être toujours fumeuse. 

Le “j’arrêterai plus tard” n’arrivait jamais. 


La vérité c’est que j’avais peur, tellement peur de ce que l’arrêt du tabac pourrait me faire. Je refusais d'avoir à vivre une quelconque frustration, ou une douleur, que je m'imposerais de mon plein gré. Quand on est fumeur, la sensation qui monte en nous quand on a très envie de fumer (dit “craving”), est si intense que l’on pense ne jamais pouvoir la dépasser sans l’assouvir. J’avais peur que cette sensation là reste pour toujours si je décidais d’arrêter de fumer. 

Il s’est alors mis en place tout un stratagème dans ma tête, ne voulant pas vivre ce changement, mes résistances s'endurcissaient. C’est normal, on a peur d’arrêter, on a peur aussi de ne pas arrêter, et pour pallier ce conflit interne je m’apaisais comme je pouvais. Souvent en fumant, évidemment. Mais aussi en me disant que certains fument mais n’ont jamais de problème de santé, que si je bois beaucoup d’eau je peux préserver l’aspect de ma peau, qu’en faisant du sport je maintiens mes capacités pulmonaires. Bref. Un discours interne que je me créais sur mesure, sans sources scientifiques évidemment, mais qui suffisait à calmer la lutte qui se jouait dans mon psychisme.  

Et des discours courants et communément admis sur le tabac, il y en a pleins, et ils se contredisent : 

“Si tu arrête de fumer, avec l’argent gagné tu pourras te payer un super voyage” disent les non fumeurs qui ne partent pas en voyage. 

“La nicotine c’est ultra addictif, une des drogues les plus puissantes” disent les fumeurs qui ont peur de l’échec. 

“La dépendance physique disparaît en quelques jour, il te suffit d’un peu de volonté” disent les non fumeurs qui se sentent un poil au dessus de ces “esclaves du tabac”. 

Je force le trait bien sûr, mais sous certains stéréotypes se cache toujours une part de la vérité. Bref, tellement de discours et tellement de personnes différentes pour les dires, bien intentionnées ou non. 


Ainsi j’oscille pendant des années entre prise de conscience et déni, et rebelote. Mais jamais je n’arrête de fumer.



  • La méditation et la présence à soi 🧘🏼‍♀️


Et la méditation dans tout ça ? Elle est arrivée dans ma vie, sans lien direct avec le tabac. Je n’ai pas médité pour arrêter de fumer. J’ai médité par curiosité, j’ai médité pour explorer, j’ai médité pour m’apaiser, j'ai médité pour aller mieux. J’ai médité, jour après jour. J'ai médité. Pendant de nombreuses semaines, chaque soir, après ma douche, avant de manger, j’ai médité. En silence, avec la respiration pour socle. Et j’ai noté tout ce que ça me faisait. J’ai installé un nouveau rituel dans mon quotidien et une autre façon de respirer. Une respiration plus en conscience et un mental plus apaisé. Au fil des méditations, je me sentais de moins en moins submergée par mes émotions. L’état méditatif avait réveillé en moi ma capacité à m'ancrer, à respirer mieux, à me concentrer sur l’essentiel. 

Et sans me rendre compte j’ai découvert certains pans de mon fonctionnement interne et de la maîtrise de soi. 


Une sensation, une douleur, une pensée, une émotion n’est jamais infini, il s’agit toujours d’un moment, plus ou moins long, plus ou moins intense. Très souvent on réagit à ce qui arrive, la méditation apprend à observer ce qui arrive. 

Accueille, accepte, sont des mots que l’on entend souvent comme conseils. Ils sont bien beaux dits comme ça, je les connaissais déjà, mais posés là seuls ils ne valent rien. C’est dans l'expérience qu’ils prennent un sens et commencent à se mettre en mouvement. 

Chacun aura son expérience, avec les outils qui lui sont favorables, la mienne s’est faite par la méditation. La méditation m’a appris à dépasser une sensation, à laisser couler une pensée, à regarder sans plonger. Et j’ai découvert que tout passe, toujours. 


Quand on médite, en silence, en tailleur, le temps semble long, le corps fait mal, les pensées poussent à droite à gauche. On s’adonne, méditation après méditation, à porter notre attention sur un aspect spécifique, souvent la respiration (ça peut être une partie du corps, un mot, une image, un son, etc). Et avec surprise on se rend compte que la douleur que l’on ressentait dans les jambes est passée, les pensées se sont calmées, le temps s’est écoulé. Tout passe quand on accepte que ce soit là. 

Je découvre alors ma capacité à déterminer ce sur quoi je souhaite réagir, avec la confiance que le reste passera. Petit disclaimer on n’est pas ici dans un mécanisme d’évitement, voire de déni, on note ce qui se passe, mais on décide de la façon d’y faire face. 


  • L’addiction : reflet de notre intériorité 🫂


Est né en moi, jour après jour, l'idée que je puisse m’approcher de la sensation de manque. Au début, je voulais voir combien de temps je pouvais tenir avant de fumer une cigarette. Et j'ai tenu, quand l’envie apparaissait mon mental était prêt, il savait que ce n’était qu’une sensation, une information. Et plus que de le savoir, il l’avait déjà expérimenté. Et plus je laissais passer des envies, plus les heures s’écoulaient, puis les jours, et j’avais finalement arrêté de fumer.


Il se joue dans l’arrêt du tabac (l’addiction en général) la nature de notre rapport à la frustration et au plaisir, plutôt qu’un réel sevrage au sens chimique du terme. La puissance des habitudes et des croyances que l’on se crée au fil des jours viennent se poser comme des vérités absolues et immuables sans que l’on se rende compte du leurre. L'environnement, sans porter toute la faute sur l’extérieur, joue un rôle certain dans nos habitudes, y compris celles qui consistent à allumer une cigarette.


La méditation m’a permis d’apprendre à dépasser les moments de craving pour ensuite être en mesure de modifier mes habitudes de vie. Une dimension qui pourra faire l’objet d’un prochain article : le pouvoir des habitudes et de notre environnement.


  • Les souvenirs ne disparaissent pas : ils changent ☀️


Aujourd’hui encore, je ne suis plus fumeuse depuis bientôt 1 an, pourtant quand je sens l’odeur de la cigarette, j’inspire à plein poumon et toute une panoplie de souvenirs et d’habitudes me reviennent à la figure. Heureusement, il est de plus en plus facile de regarder ses souvenirs de loin, sans replonger dedans en allumant une clope. Si je suis tout à fait transparente, il m'est arrivé de fumer une cigarette parfois, un instant où je fais le choix de revivre ce moment : allumer une cigarette, respirer la fumée, taper avec mon doigt pour faire tomber la cendre. Je revis ce rituel qui m’avait accompagné pendant tant de temps. Mais je suis en mesure de maîtriser cette pulsion. Et le plus étonnant est que finalement cette odeur au fil du temps ne devient plus si agréable, que le goût qui reste en bouche devient dérangeant. Finalement, ce moment de craving, soit on y succombe, soit on le dépasse, mais la cigarette en soi ne me procure plus tant de plaisir. Le plaisir se situe plutôt dans le fait d’assouvir - ou non - une envie, qui on le sait ne procure que quelques secondes de plaisir, un shoot fugace de dopamine.


  • Et si le tabac était une opportunité de se tourner vers soi 🌿


L’addiction, au lieu d’être vue comme une prison de laquelle on ne sort jamais, pourrait prendre l’apparence d’une exploration de soi, de notre façon de décider pour soi, une possibilité de choisir et surtout de découvrir les capacités internes puissantes qui se cachent en nous. Dépasser notre peur de l’échec, prendre le pouvoir sur nos pulsions, se comprendre mieux, adoucir ses culpabilités, être indulgent avec soi. Bref, l’arrêt de la cigarette (qu’il soit momentané ou pérenne) peut aussi être un chemin vers la connaissance de soi. Au lieu d’être vu comme un combat, ce parcours peut être vu comme un pèlerinage vers soi. 

Pourquoi pas, seulement accepter de découvrir les facettes de notre attachement à la cigarette sans s’imposer d’arrêter à tout prix mais déjà pour commencer s’autoriser à voir ce que ça nous fait, de fumer une cigarette, de ne pas fumer une cigarette, de laisser passer une envie ou d’y succomber. 


Aucune leçon de morale dans cet article, chacun vit son rapport au tabac et plus largement aux addictions, à sa façon avec ses ressources, son histoire et ses émotions. 


Cet article a pour vocation de vous partager mon vécu et pourquoi pas un espoir, celui d’entrevoir la possibilité de changer votre lien au tabac, de le transformer pour qu’il prenne la forme qui vous convient et non plus un lien sous contrainte. 


Tout est possible avec les outils qui vous conviennent 🌱

 
 
 

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